Faites entrer l'infini n° 59

 

Les chanteurs sont nombreux dans notre histoire à être devenus les porte-voix des hautes espérances des peuples. Francesca Solleville est à sa place dans ce numéro de Faites entrer l'Infini. Cinquante années de travail à faire vivre l'étonnante diversité de la chanson française méritent qu'on s'y arrête. Bernard Ascal, qui est expert dans le domaine de la chanson, relate ce que fut la vie d'artiste de Francesca, ses combats, ses amis. Elle-même intervient pour préciser certains points. Nous sommes heureux et fiers de lui ouvrir les pages du Cahier art, tout autant que nous l'avons été, il y a quelques années, avec Victor Jara, autre grande voix que les assassins n'ont pu faire entrer dans l'oubli. Poursuivant la lecture attentive à laquelle il soumet l'œuvre poétique d'Aragon, Michel Host traite des années d'après-guerre, celles qui se referment"en 1956 avec la publication du Roman inachevé. Sa lecture prolonge les analyses et les commentaires qu'il a débutés dans les numéros 54, 56, 57 de Faites entrer l'Infini vers lesquels les lecteurs pourront se tourner pour mieux saisir la cohérence et la singularité de ses propos.

Il est un texte qu'Aragon n'a pas reconnu mais que Bernard Leuilliot avait à juste titre inclus dans le premier volume des Chroniques. Il s'agit d'une préface écrite pour une édition des Onze mille verges d'Apollinaire, en 1930, quand l'appartenance d'Aragon au mouvement surréaliste était déjà en question. Sa publication en 1998 dans Les Chroniques n'avait pas provoqué l'intérêt qu'on était en droit d'attendre. Jean-Pierre Siméon remet ce texte brillant dans sa perspective qui concerne autant Apollinaire qu'Aragon.

Eisa Triolet et Lili Brik viennent d'être l'objet d'une biographie croisée par Jean-Noël Liaut. C'est a priori une entreprise sympathique. Brassant une matière considérable, elle nécessite que l'auteur mette en œuvre une grande rectitude intellectuelle, l'empathie éventuelle ne pouvant remplacer les connaissances, le recul historique ou l'esprit critique. Marie-Thérèse Eychart a fait de cet ouvrage la lecture attentive qu'il appelle et constate la régression méthodologique dont il témoigne par rapport aux ouvrages plus anciens de Lilly Marcou et Huguette Bouchardeau. Ses reproches sont consistants mais ne l'empêchent pas de considérer que Jean-Noël Liaut est mu par le souci de présenter en Lili Brik et Eisa Triolet deux personnages importants de la vie culturelle russe et française et de lui en savoir gré.

On ne saurait user de la même indulgence, ni pour les intentions, ni pour les procédés mis en œuvre avec Gérard Guégan, l'auteur de Qui dira la souffrance d'Aragon ? D'autant qu'il a bénéficié dans les médias d'un consensus bienveillant dénué de tout esprit critique qui est le signe d'une uniformité inquiétante. Olivier Barbarant démonte les mécanismes de conception et d'écriture du roman de Guégan qui, outre sa médiocrité littéraire, s'apparente plus à un assemblage de racontars qu'à autre chose.

Ces deux ouvrages, qui ne sont évidemment pas comparables dans leurs visées, sont les symptômes d'une situation intellectuelle et politique qui ne laisse pas d'inquiéter dans la mesure où on la voit se généraliser. C'est là où le retour à Aragon, à l'exemple d'Aragon est capital. Qui, mieux que lui, a su décrypter l'évolution de la situation en France et en Europe, sans craindre d'aller à contre-courant, et montrer la responsabilité de ceux qui se sont faits les fourriers du pire ? Quand la perte des repères et la peur de retomber dans un conflit pourtant imminent troublaient les esprits et les poussaient à se détourner du réel, Aragon n'a cessé de rappeler les vérités les plus élémentaires et d'organiser la lutte contre le fascisme dont il avait pris la mesure. Ne sommes-nous pas dans un monde plein de dangers ? L'information et la libre parole sont sous le joug des puissances d'argent, les œuvres d'art n'échappent pas plus aux spéculations que le blé, le commerce des armes est le seul à se bien porter, les conflits de toutes natures ravagent les pays les plus faibles. Le mufle de la guerre rôde comme jamais. Le glissement vers ce qu'il faut bien nommer le pire, se produit sous nos yeux. La parole d'Aragon mais aussi celle d'Eisa qui ont su montrer qui a intérêt à détruire l'avenir des peuples vont plus que jamais apparaître comme exemplaires. A nous de les faire mieux connaître.

François Eychart

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